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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 13:51

J'écris et je publie cet article après mûre réflexion. Les personnes concernées ne sont pas nommées et non reconnaissables. Il s'agit de MON expérience que JE relate, afin qu'elle puisse servir à d'autres personnes afin de ne pas commettre les mêmes erreurs que moi. Il s'agit d'un partage.  Comme tout le monde, il m'arrive de faire les mauvais choix. Puisse cet article aider d'autres transporteurs à discerner plus vite que moi en l'occurrence à partir de quand il s'agit d'un "mauvais choix".

 

Il y a quelques semaines, je suis contactée par une propriétaire, qui désire transporter sa jument suitée pour la mener à l'étalon. Effectuant régulièrement des transports, j'accepte, sans arrière pensée. La propriétaire me rejoint chez moi, et nous nous mettons en route pour aller chercher les chevaux. Par acquis de conscience, je lui pose la question de savoir si la pouliche est licolée... J'ai en effet souvenir d'un autre poulain à transporter, qu'il a fallu attraper, coincer, licoler... et quand même déménager en conditions de stress, et je voulais éviter ce genre de problème...

 

Dans ma tête, un poulain "licolé", ça veut dire qu'il porte un licol, et qu'il supporte de suivre sa mère en longe, voire d'être attaché un moment. Bref, un poulain avec un minimum d'éducation... comme le mien et bon nombre de ceux que je fréquente. La proprio me dit que la pouliche est licolée, je n'ai donc aucune raison de m'inquiéter outre mesure. Et effectivement, nous arrivons en prairie et trouvons la jument suitée de sa pouliche, avec un petit licol sur la tête.

 

Là où ça se corse un peu, c'est que quand on essaye d'attraper la pouliche, elle oppose une résistance farouche, se cabre, tire, se retourne, va jusqu'à tomber! En fait, elle a "juste" un licol sur la tête... Et la propriétaire un peu penaude de me dire : "En faire, je n'ai pas essayé de la faire suivre en longe, j'ai pensé que ça irait tout seul". Mouais. Nous mettons ainsi 20 bonnes minutes à gagner l'entrée du pré, et à convaincre la pouliche d'avancer. Je me suis bien souvenue d'un truc d'éleveur qui consiste à faire une boucle derrière la croupe du poulain avec une autre corde, pour le "convaincre" d'avancer un peu. Mais là, que faire devant cette petite bête sauvage et non manipulée?

 

Avec le recul, je me rends compte que j'aurais du à ce moment prendre la décision d'annuler le transport, mais dans l'instant, à 100 lieues de me douter de ce qui allait se passer, j'ai agit. Et j'ai donc embarqué jument et pouliche. Alors que la petite bête était déjà complètement épuisée, s'était déjà couchée de fatigue, et était trempée de sueur. Je précise que j'étais entourée de 2 éleveuses... dont la propriétaire, qui ont toutes deux trouvé ça tout à fait normal.

 

Autre précaution de ma part, qui fait suite à une expérience tragique : j'ai voulu que la pouliche soit attachée dans le van. J'avais déjà vu un poulain sauter un tape-cul de van ouvert en paniquant, et comme le tape-cul de mon van est également ouvert, j'attache, c'est évident. Ce type de van n'est pas le transport idéal pour un très jeune poulain : ce qu'il faut, c'est un van tout à fait fermé, dans lequel le poulain se retrouve en sécurité comme dans un boxe, sans issues. Ne pouvant tout prévoir et n'ayant que mon matériel, j'étais, encore une fois, bien loin de me douter de ce qui m'attendait.

 

Nous nous mettons en route très prudemment, faisons 100 mètres, pendant que je branche la caméra du van. Et à l'écran, je ne vois plus la pouliche! M.... Je freine de suite et nous nous précipitons pour ouvrir la petite porte. Une vision pas très réjouissante nous attend : la pouliche est tombée et pendue à son licol. Vite, vite, l'une soutenant la tête, l'autre défaisant la longe, nous dépendons la pouliche, qui est bien vivante, mais dans quelle situation!!!

 

La pouliche s'est effondrée, comme une poupée de chiffons, sous le ventre de sa mère, postérieurs passés entre les postérieurs de celle-ci, et tête coincée contre les antérieurs. Si la jument bouge, elle piétine sa pouliche. Tout doucement, la propriétaire va repasser les postérieurs de la pouliche pour la dégager de sa mère... mais ce faisant, l'encolure de la petite bête vient davantage se coincer contre les antérieurs de la jument...

 

Elle commence à avoir du mal à respirer, et à plusieurs reprises, s'arrête même! Je ne m'affole pas facilement, mais là, je prie la propriétaire de nous trouver de l'aide et d'appeler le vétérinaire, et VITE! Le vétérinaire ne sait pas venir, mais à la description de la situation par téléphone, il est formel : nous devons dégager la pouliche, n'importe comment, c'est une question de vie ou de mort. On s'en serait douté à moins. La seconde éleveuse nous a heureusement suivi, parce que c'est à 2 que nous allons empoigner la pouliche, tirer, pousser, tirer, pousser, jusqu'à remettre la pauvre petite bête couchée "en vache" contre sa mère cette fois.

 

Et là, miracle, se trouvant dans une situation plus proche de la normale, la pouliche va se réveiller, s'ébrouer, et se remettre debout, toute tremblante. Tandis que je soutiens la pouliche, que l'éleveuse tient la jument calme, la propriétaire ouvre le tape-cul du van, tout maladroitement, et nous délivrons ce petit monde. Jument et pouliche regagnent ainsi leur prairie, après à peine 100 mètres de transport, et le premier réflexe de la petite est de se précipiter sur les mamelles de sa mère... c'est plutôt bon signe....

 

Plus tard dans la soirée, les nouvelles sont bonnes : la pouliche va bien, après un gros dodo, et la jument de même. Quant à moi, malgré tout ce que j'ai déjà pu vivre comme aventures auprès des chevaux, je viens d'en faire une supplémentaire, que je ne suis pas prête à renouveler! Transporter un cheval pour une tierce personne vous en rend responsable. C'est lorsqu'un accident comme celui-ci se produit qu'on prend conscience de ce qu'est la réelle responsabilité et de tout ce qu'elle implique comme conséquences. Que chacun en tire ses propres conclusions.

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Published by Pascaline Martin