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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 10:59

 

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... du temps où j'étais groom dans une écurie de dressage. Je vous présente brièvement les principaux personnages de cette vieille saga. Chris, ma collègue, énergique groomette écossaise, au franc parler et à la vie animée; et Fleurette, l'aute groomette, un peu naïve. Vient ensuite "Médème", la patronne, qu'on voit peut, qu'on craint beaucoup, qui monte... (non, ça je peux pas dire!) à cheval, richissime et capricieuse. Pour représenter la patronne aux écurie, il y a "Tyrania", l'entraineuse-maison. D'origine nordique, c'est une tyranosaure minusculus, qui ne s'exprime que par monosyllabes d'un français haché façon teuton. Il y a l'entraineur extérieur aussi, cavalier de renom et seule personne ayant un minimum d'éducation et de sympathie pour le petit personnel que nous sommes.  Et puis il y a les chevaux, une bonne douzaine, pauvres protagonistes de cette lutte assez inégale : bêtes de luxe et au pedigree à faire palir un sang bleu, ce sont des "as du dressage"... en mental fragile et à la santé plus fragile encore. Ils ne sortent jamais de leur prison dorée, n'ont accès à aucun paddock, ont oublié ce que brouter veut dire et sont de grands névrosés, ce qui les rend assez délicats à la manipulation.

 

La journée commence à 7.30 aux écuries. Pas plus tôt, ça risquerait de réveiller Médème, dont les appartements (au luxe infini) sont juste au dessus. C'est le seul moment que je goûte en solitaire dans ces écuries d'enfer, et où les chevaux ont une réaction normale : le contentement de voir arriver la bouffe! Ensuite, les grooms s'activent à faire les boxes. La quantité de copeaux utilisées est phénoménale : tous les chevaux doivent, selon les consignes, avoir de la litière jusqu'aux genoux. On entend presque tomber les forêts de Suède! Nous avons droit à une mini-pause, un peu avant 9.00, pour le café que nous partageons avec l'armée de jardiniers qui entretiennent les 22 Ha de parc paysagé qui constituent le domaine.

 

A 9.00 tapantes, Tyrania est à cheval. Celui-ci a été dépouillé de sa couverture de boxe (oui, même en plein été), de ses bandes de repos (oui, tous les chevaux en portent), a été brièvement épousseté, re-bandagé, sellé, bridé, et zhou, au boulot... Tyrania a l'horloge chevillée au corps : dans 40 minutes, un autre cheval doit être prêt à travailler, et il faut le préparer, en même temps que réceptionner, dé-bandager, déshabiller, doucher, sécher, re-bandager et remballer celui qui rentre du boulot. Et ainsi de suite toute la matinée, de manière à en monter 4 ou 5. Mais plusieurs autres paramètres interviennent : nous, les grooms, avont aussi des chevaux à longer et parfois à monter. L'entraineur professionnel extérieur qui vient travailler un cheval de Grand Prix de Médème est aussi attendu pour monter, dans la matinée : il faudra également préparer sa monture... Et à un moment, le téléphone va sonner, et Médème elle-même va s'annoncer. Son cheval devra, en plus de tout le "scénario" habituel, avoir marché 20 minutes sur le tapis roulant.

 

Autant dire qu'à partir de 9.00 et jusqu'environ 14.00, c'est l'enfer! On court dans tous les sens, on sort un cheval, on rentre un cheval, on risque sa vie à toutes les minutes, les chevaux réagissant à tout et à rien de préférence de manière totalement inconsidérée. L'un d'eux est surnommé "Piranha", tellement il est aimable au box : il charge quiconque s'y aventure. Chris et moi nous entendons comme laronnes en foire... Avec Fleurette, la chanson n'est pas à l'accord parfait, elle est beaucoup plus jeune que nous et à la limite de l'inconscience. Quand l'équipe est réduite à 2 grooms, l'enfer chauffe encore de quelques degrés. Et quand, suite à une soirée trop arrosée, je me retrouve seule à tout gérer, je suis sur le chemin de la démission!

 

J'en ai vu, des choses, sur les quelques mois où je suis restée dans cette écurie : un cheval "puni" au marcheur... Médème avait ordonné qu'il soit mis au marcheur jusqu'à plus soif, pour lui faire comprendre que la rebellion n'était pas une solution sous la selle... Il y a passé quelques heures... J'ai aussi vu un maréchal tailler les pieds jusqu'au sang : un véritable massacre! Je sortais régulièrement l'un ou l'autre de ces chevaux pour "faire le tour du parc" : j'ai ai risqué mes os et ma vie plus d'une fois, et fait de nombreuses chutes. Suite à un emballement imprévu, j'ai un jour atteri dans la pièce d'eau, dont je suis ressortie, grand classique, avec une feuille de nénuphar en guise de chapeau!

 

C'est aussi là que j'ai cassé ma pipe! Pour de bon cette fois : en soulevant avec ma si naïve collègue un lourd sac de grains, l'idiote a laché le sac, qui m'est tombé dessus... et m'a gravement endommagé la jambe gauche... J'en ai momentanément (juste quelques années...) perdu l'usage et j'ai bien sûr dû quitter cet emploi. Sans regret aucun. Etonnant, non? J'ai cru pendant quelques temps avoir perdu le "goût des chevaux" suite à ce séjour cauchemardesque. J'ai du me séparer d'Antarès, délaisser quelques mois ma chère Clarissa... Et puis Daho est arrivé, j'ai réappris à marcher, et la vie a repris son cours... Et les chevaux sont redevenus mon quotidien, plus que jamais. Parce que le virus du cheval, on n'en guérit pas.

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Published by Pascaline Martin
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